Cérémonie du thé à quatre maîtres

Ce samedi 26 septembre au matin, je me suis rendue à Giroussens (81), petit village sis à une demi-heure au nord de Toulouse.

Le catalogue de l'exposition "Sur la voie du thé", organisée par l'asso Giroussens Céramique (et l'un de mes tickets de conférence).

Là-bas, le Centre Céramique (dont je vous recommande la visite si vous passez dans le coin, la boutique notamment comporte de très belles œuvres, certaines à des prix tout à fait abordables) avait organisé sur quatre jours un événement « Sur la Voie du Thé ». Aussi, en cette matinée, quatre hôtes se sont succédés dans un très beau ballet, alternant les écoles et les traditions le temps d’une cérémonie.

Nous ont fait l’honneur de cette démonstration des officiants de la tradition Sôhen: Thierry Del Socorro, Sasaki Sokyu et Dominique Kawano (ces deux dernières personnes appartenant aussi à la même école), ainsi qu’un officiant de la tradition Urasenke: Christophe Verdun. Nous comptions également neuf invités, dont trois ont pu s’asseoir sur le tatami. Les six autres, dont moi, étions sur des bancs bas car la place était restreinte. Je suis assez contente d’avoir eu cette place, mieux située pour ce qui était d’observer la technique des officiants.  ^^

M. Thierry del Socorro dispose le charbon dans le furo.M. Thierry Del Socorro dépose le charbon dans le furo
avant le début de la cérémonie.

Ce fut un moment exceptionnel.  🙂
Je suis tellement ravie, en tant que débutante sur le Châdo, d’avoir eu cette occasion presque unique (car, au Japon, jamais les traditions et écoles auraient pu alterner ainsi dans la même cérémonie) d’admirer et de noter les ressemblances et les différences entre deux traditions et, pour l’une d’elle, deux écoles. D’un point de vue cérébral, ce fut donc deux heures passionnantes et enrichissantes.

D’un point de vue afrontal, l’expérience fut également intense. Chaque hôte avait son style à lui, sa propre énergie (normal, me direz-vous), sans compter que la tradition aussi participe à l’émotion et à l’esthétique rendues… Il y avait vraiment des tessitures différentes à chaque fois, que j’aurais du mal à vous décrire.
Bon, bien sûr, j’avais un petit pincement de joie au cœur quand venait le tour de M. Verdun: voir en action la tradition qu’on a apprise m’a procuré une sorte de repos et de sérénité très agréables – puis une pointe de fierté, reconnaissons-le.  😛

Trois de nos hôtes pour cette démonstration de Cha no Yu.Dominique Kawano, Christophe Verdun et Thierry Del Socorro

Lorsqu’il retire le chasen du bol avant de le poser près du mizusashi, l’officiant amène un court instant l’instrument vers lui (en tout cas, pour l’Urasenke ; ça me fait penser que je ne me souviens plus si la tradition Sôhen fait de même…). Le geste permet de dessiner devant soi la pointe du Fujisan, une figure que l’on retrouve à différentes étapes de la cérémonie.
Flottant entre une inspiration et un souffle, ce matin-là, j’ai perçu une image…

Penché sur le bol
Son ombre comme une eau bleue
S’y moire un sommet

… suivie d’une belle bouffée de gratitude pour M. Verdun, qui m’a permis d’avancer d’un pas infime, mais bien réel, sur cette voie.  🙂

La démonstration fut suivie d’une série de questions auxquelles les officiants ont répondu de bonne grâce.

Un encensoir en forme de biwa, sur un papier représentant les différentes phases de la Lune.La biwa est un instrument dont le fondateur de l’école Sôhen était connu comme un excellent musicien. M. Del Socorro a souhaité lui rendre hommage par cet encensoir.
La cérémonie était placée sous le signe de la lune, dont l’éclipse se trouvait toute proche, d’où les motifs du support blanc.

La séance devait se terminer à 12h45. Nous avons débordé jusqu’à 13h30. Lorsque je suis sortie, j’ai trouvé les commerces fermés. Il y avait bien un restaurant ouvert, mais souhaitant assister à la conférence de 14h, tenue par M. Philippe « Sôsui » A.F. Neeser, je ne pouvais pas m’y installer: comme la plupart des personnes présentes à la cérémonie s’y tenaient déjà, le service aurait pris trop de temps.

Je suis donc partie à l’aventure dans le centre dynamique de ce fier, mais très tranquille village perché au-dessus de l’Agout. Croisant un jeune homme aux rastas qui lui tombaient jusqu’à la ceinture, je me suis renseignée. Hélas, pas l’ombre même d’une boulangerie (celle du lieu n’ouvrant que le samedi matin). Alors que je me décidai à sauter le repas, ce monsieur m’a gentiment proposé une pêche. Sur le coup, j’ai ri, pensant qu’il plaisantait. Eh bien non! Il m’a donné deux belles pêches bien mûres, lavées à son robinet, et l’essuie-tout qui allait bien avec leur côté juteux!   =^_^=
*joie! joie!*

Derrière moi, perchés sur une arche de jardin, un escargot et une tortue, véritable invitation à prendre son temps pour savourer l’instant… C’est donc ce que j’ai fait, retournant manger mes précieux fruits sur le petit banc devant le Centre Céramique.
Et vous savez quoi? Parce qu’elles étaient données de bon cœur, alors même que l’espoir de manger m’avait quitté, ces deux pêches sont sans doute les meilleures que j’ai goûtées!  😀

 

Les ustensiles sont disposés pour le service usucha.

 

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2 réflexions sur “Cérémonie du thé à quatre maîtres

  1. Damn, j’avais déjà beaucoup trop envie de m’y rendre… merci beaucoup pour cet aperçu détaillé !
    Je crois qu’en dépit d’un agenda fou, je vais m’organiser pour pouvoir y aller, l’exposition photo est celle d’un ami en plus, et j’ai envie depuis longtemps de faire la rencontre de Thierry Del Soccoro, dont le site m’a plus qu’inspirée pour mon mémoire (sur les jardins) ! Tu achèves de me décider. Bien contente que tu aies passé ce moment de qualité dis donc 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton petit message! 🙂
      Hé hé! Eh oui, sous ma blonde tignasse, je suis une vile tentatrice! 😉
      Ça vaut vraiment le coup. C’est dommage que Mme Sasaki ne puisse refaire une séance, car sa présence était aussi très intéressante – mais quel bonheur et quelle richesse qu’elle ait pu venir au moins ces trois jours-là!
      Pour les prochaines séances, Mme Kumi Takahashi s’ajoutera donc aux trois personnes qui officiaient ce matin-là – mais tu as déjà assisté à une de ses cérémonies. D’un autre côté, au Centre Céramique, le contexte est bien différent du Festival du lotus et la disposition des lieux permet un service plus proche de la « vraie » cérémonie.
      M. Thierry Del Socorro était vraiment très gentil, avec le sourire facile et un air bonhomme. De toute façon, chacun des participants était souriant et très accessible (enfin, Mme Sasaki un peu moins, avec la barrière de la langue), un vrai bonheur!

      Tu as raison: n’hésite plus, file!
      Et je te souhaite une super Cérémonie du thé, une très belle rencontre avec M. Del Socorro et de vivre un instant merveilleux et reposant. ❤

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